Les guerres de Patrice.

Au Bénin, Patrice est en guerre. Derrière ses yeux plissés par de fréquents sourires qui semblent traduire de la bonhomie, ne vous méprenez pas, ses batailles sont multiples. Patrice est en guerre et je peux ici vous citer au moins trois de ses théâtres d’opérations.

La première guerre de Patrice est celle de la gouvernance. Je n’ose pas dire « bonne gouvernance » car certains ne seraient pas d’accord avec moi, convaincus qu’ils sont de ce que les efforts de Patrice n’auraient rien de vertueux.

Pour eux, si Patrice se bat, c’est pour garder les marmites dans son escarcelle, pour être présent dans tous les business juteux, pour assurer l’enrichissement des siens au détriment de tous les autres. Toujours est-il que Patrice est en guerre et que cette guerre l’a conduit à se dédire une fois encore.

Cela fait à peine quelques semaines qu’il disait, aux côtés de son homologue nigérien, qu’il ne comptait pas changer son équipe. Mais nous avons assisté cette semaine à un remaniement qui a fait partir trois ministres, dont deux connus pour être de ses proches.

Sans chercher à spéculer, nous sommes nombreux à penser que ce remaniement a été justifié par le désaccord entre la vision de Patrice et les pratiques de ces ministres en matière de gouvernance. Pour garantir la mise en œuvre de sa vision, Patrice se serait-il résolu à se dédire et à couper les membres qui le conduisent au péché ?

L’autre théâtre d’opérations des guerres de Patrice est situé à nos frontières Nord. Les djihadistes et autres groupements armés criminels ont conduit Patrice à nouer une alliance avec une nation lointaine, expérimentée dans le combat et aguerrie à la lutte.

Mais aguerrie à la lutte contre quoi ? Les opposants politiques ? Les défenseurs des droits humains ? Les armées régulières des pays voisins ? Les groupes armés criminels ? Ce qui est certain, le chef de cette glorieuse nation combattante a assuré à Patrice son soutien dans notre guerre au nord.

Pour Patrice, ce soutien se traduira par de « l’encadrement, coaching, formation (…) déploiement conjoint » de troupes et dans ces limites, « nous irons le plus loin possible si c’est nécessaire ».
Pour son nouvel allié, « il n’y aura pas de limite » dans « ce qui sera accompli ensemble pour les défis sécuritaires qui s’imposent ».

Un engagement sans limite donc, avec des méthodes sans limites : voilà des règles d’engagement qui peuvent faire froid dans le dos des djihadistes… et des citoyens béninois qui se demandent si l’escalade dans la violence est vraiment la seule modalité de lutte à envisager ici.

La dernière guerre de Patrice à évoquer ici est celle menée contre la cybercriminalité. Une émission télévisée au soir de ce vendredi 21 avril a pu offrir aux béninois une plongée dans la virtuosité et dans la créativité de ceux que l’on appelle localement « gaymens ».

Leur « chiffre d’affaire annuel » de plus d’un milliard de francs CFA (uniquement pour les victimes qui se sont déclarées à la police), les nombreux cas d’accident vasculaire cérébral qu’ils ont occasionnés chez leurs victimes, et les trésors d’ingénierie sociale dont ils font preuve, sont autant de motifs qui justifient la vigueur que met Patrice à cette guerre.

Nous avons par ailleurs appris que l’institution française Pôle Emploi ainsi qu’une banque en ligne française sont venues à Cotonou rencontrer les autorités locales afin de demander leur aide, submergées qu’elles étaient par le « foutoir » créé dans leurs systèmes par les arnaqueurs béninois.

Cependant, cette guerre de Patrice divise quelque peu ses compatriotes.

Certains estiment que les arnaques perpétrées sont exactement semblables à une entrée par effraction chez autrui pour voler ses biens. D’autres estiment qu’il n’y a pas lieu de combattre aussi férocement une activité qui contribue à lubrifier les circuits économiques, dans un contexte de morosité. Et vous, quelle est votre opinion sur le sujet ?

Virgile

ZOOM SUR L’AFRIQUE

Afrique du Sud : Inauguration du premier centre africain de vaccins à ARNm

Le premier centre de production de vaccins à ARNm en Afrique a été installé dans la ville du Cap en Afrique du Sud, en réponse à l’équité et à l’inclusion en matière de vaccination soulevées lors de la crise sanitaire. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a salué le programme de transfert de technologie ARNm, qui permettra non seulement l’accès aux vaccins contre le COVID-19, mais également pour d’autres maladies.

Le centre est géré par Biovac, Afrigen et le Conseil sud-africain de la recherche médicale et a déjà commencé à produire des vaccins ARNm à l’échelle du laboratoire. Le vaccin peut être conservé à des températures relativement chaudes, ce qui facilite son stockage dans les pays à faibles et moyens revenus où la réfrigération extrême peut être difficile. Le projet a coûté 117 millions de dollars et a bénéficié du soutien de l’Union européenne, de la France, de l’Allemagne et du Canada.

L’actu de cette semaine

Lecture 6 min

  • Economie : Le Bénin désormais premier producteur de coton en Afrique
  • Développement : L’importation d’œufs et de poulets congelés interdite dès décembre 2024
  • Football 229 : Andreas Hountondji rejoint l’équipe nationale
  • International : Le Rwanda promet un soutien militaire au Bénin face à la menace terroriste

Résumé

Economie : Le Bénin désormais premier producteur de coton en Afrique

Le Bénin est devenu le premier producteur de coton en Afrique avec 587 000 tonnes, suivi du Burkina Faso et du Mali qui a chuté à la troisième place avec seulement 390 000 tonnes, soit la moitié de sa production de l’année précédente.

Cette baisse de la production dans les pays d’Afrique de l’Ouest est due à l’insécurité, qui a entraîné un déficit de terre cultivée, à la flambée des prix sur le marché international, à une pénurie d’engrais et à une attaque d’insectes ravageurs qui ont endommagé les cultures. Cependant, le Bénin a mieux résisté à ces problèmes grâce à une meilleure anticipation des autorités et à une meilleure protection de ses cultures.

Ces chiffres ont été présentés lors de la dernière réunion du Programme régional de production intégrée du coton en Afrique (PR-PICA) à Abidjan.

Développement : L’importation d’œufs et de poulets congelés interdite dès décembre 2024

Le ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche du Bénin, Gaston Dossouhoui, a annoncé lors d’une rencontre avec les producteurs de soja à Doumè que le pays ne va plus importer d’œufs ni de poulets congelés à partir du 31 décembre 2024.

« À partir du 31 décembre 2024, plus aucun œuf, plus aucun poulet congelé ne va rentrer au Bénin. Ça veut dire que nous n’allons plus en importer » a-t-il déclaré

Le gouvernement béninois souhaite développer la filière poulet bicyclette et le ministre a encouragé les acteurs du secteur à redynamiser leurs poulaillers pour répondre à la demande du marché.

Football 229 : Andreas Hountondji rejoint l’équipe nationale

Le milieu de terrain offensif franco-béninois Andreas Hountondji a accepté de rejoindre l’équipe nationale du Bénin après plus de trois ans de négociations avec la Fédération béninoise de football.

Actuellement en prêt à l’US Orléans en France, il est sous contrat avec le SM Caen, une équipe de Ligue 2. Il pourrait être sélectionné par l’entraîneur Gernot Rohr pour les éliminatoires de la Coupe d’Afrique des Nations 2023 en juin prochain.

Pour rappel, le Bénin est actuellement dernier du Groupe L et affrontera le Sénégal au stade Général Mathieu Kérékou de Cotonou.

International : Le Rwanda promet un soutien militaire au Bénin face à la menace terroriste

Lors de sa visite à son homologue béninois, le président du Rwanda, Paul Kagame, a promis un soutien militaire au Bénin face aux jihadistes qui débordent de la frontière nord du Burkina Faso.

Le Bénin, ainsi que d’autres pays côtiers d’Afrique de l’Ouest tels que le Togo, le Ghana et la Côte d’Ivoire, font face à une insurrection jihadiste qui gagne du terrain. Le président Kagame a déclaré lors d’une conférence de presse que le Rwanda était prêt à travailler avec le Bénin pour prévenir les menaces sécuritaires dans la région. Les détails de cette coopération militaire n’ont pas été divulgués, mais elle devrait inclure la formation et le déploiement conjoint de troupes.

Cette coopération renforcée intervient alors que la France a retiré ses troupes du Mali en raison des tensions avec la junte au pouvoir et de l’instabilité au Burkina Faso, incitant les pays côtiers du golfe de Guinée à renforcer leur sécurité pour empêcher la propagation des attaques jihadistes vers le sud.